(3/3) Effondrement, l’urgence de prendre le temps. Réflexions et pistes d’actions.

Cet article est le 3e et dernier de cette série : il traite des possibilités (même infimes) de créer un sursaut global via une mobilisation générale.
Lire l’article 1 : Prendre acte de l’effondrement ;
Lire l’article 2 : Trois pistes pour l’avenir – Conscience, résistance et résilience.

À vous qui me lisez : il est temps.

À nos ami.es, à nos familles, à celles et ceux que nous côtoyons, à nos rencontres de demain et à celles et ceux que nous ne rencontrerons jamais :
il est temps.

Nous avons besoin pour tenter de (sur)vivre d’un changement radical. D’un changement jusqu’à la racine. Nous devons déployer un effort sans précédent pour repenser nos vies et nos manières de fonctionner ensemble. Nous avons besoin d’une mobilisation qui égale au moins l’ampleur de celle que nous avons connu en temps de guerre. Nous avons besoin de cibler ce qui menace notre avenir commun, de l’arrêter et de s’en émanciper en construisant notre résilience collective. Nous avons besoin de dire stop. Et cela ne se fera pas sans courage. Le courage de se lever et d’entrer en résistance. Ceci est un appel à toutes celles et ceux qui ont pris la mesure des enjeux.

Nous nous battons pour vivre.
Nous luttons pour notre avenir commun.
“Nous sommes la nature qui se défend”
Et nous sommes

chaque jour qui passe

un peu plus nombreux.

Si vous pensez comme moi que nos actions jusque là n’ont pas été à la mesure des enjeux : accordez vous dès maintenant et chaque jour à partir de là un temps pour y penser, vraiment. Comment pouvez-vous transformer votre vie pour y faire face ? Comment pouvez-vous développer la résilience de votre quartier, de votre village et construire collectivement un avenir (plus) souhaitable et soutenable ? Comment pouvez-vous (ré)apprendre les savoir-faire et être nécessaires à cette résilience et comment les transmettre aux autres ? Comment pouvez-vous diffuser cette conscience et alerter autour de vous pour que d’autres s’engagent ? Comment pouvez-vous contribuer à stopper les destructions en cours pour préserver ce qui peut l’être ? Comment construire tout cela collectivement ?

Alors je vous le demande aujourd’hui et je vous le demanderai chaque jour qui passe jusqu’à être entendu : que comptez-vous faire ? et que comptons nous faire ensemble ?

Récemment c’est même le Monde qui dans un éditorial parle d’un nécessaire “sursaut politique d’une force considérable” :

Entre ces deux sombres perspectives [transhumanisme et dictature écologique – cf article], il nous reste la liberté de choisir une autre voie. Un sursaut politique d’une force considérable venant tant des élus, des autres pouvoirs, que des citoyens peut encore nous permettre de concilier la sauvegarde de l’humanité et de la vie sur Terre, dans sa diversité, et la survie de nos valeurs démocratiques. Sauver la planète en préservant les libertés. Encore faut-il que chacun ait désormais pleinement conscience des enjeux, et s’attelle à trouver des remèdes.

Mais comment transformer radicalement et rapidement nos économies ? Quelques exemples dans le passé nous aident à entrevoir des possibles. En temps de guerre des mobilisations rapides et massives ont permis en seulement quelques années de réorienter l’économie de pays entier.

À titre d’exemple en Angleterre, au plus haut de l’effort de guerre en 1943, un peu plus de la moitié des dépenses nationales étaient dévolues directement à la guerre. Entre 1939 et 1942, les imports de nourriture pour le bétail dégringolaient de 94%, puisqu’il était ridicule de nourrir des bêtes plutôt que des hommes. Les importations de beurre chutaient de 69%, de sucre de deux-tiers, de blé d’un tiers. En même temps, la production de biens de consommation comme le coton, les chaussures ou la construction s’effondrait. De la même façon, aux Etats-Unis, les usines qui produisaient normalement des voitures durent se convertir pratiquement en une nuit pour commencer à produire des tanks. On peut citer aussi le plan des Victory Gardens qui consistait à faire un appel au civil à produire de la nourriture pour soutenir l’effort de guerre. Même en suisse, pour limiter le risque de pénurie alimentaire, tous les parcs et terrains de foot eurent été réquisitionnés entre 1940 et 1944 pour planter des patates (plan Wahlen) !
Ces quelques exemples nous donnent un point de comparaison sur ce qui était possible économiquement dans le passé quand la volonté politique était réellement là.

Aujourd’hui nous faisons face à une menace en terme de nombre de vies en jeu plus importante encore que lors la dernière guerre mondiale. Mais nous n’avons pas un ennemi commun aussi facilement identifiable qu’en temps de guerre et les enjeux ont encore trop peu percuté notre conscience collective. C’est pour cela qu’il faut continuer à dire la vérité sur les données à notre disposition et les risques existentiels auxquels nous faisons face. Ce afin d’ouvrir la possibilité de l’écriture collective d’un plan le plus rapidement possible. Nous avons un besoin urgent de définir ensemble ce que nous voulons faire face à l’urgence écologique, climatique et sociale.

Le mouvement The Climate Mobilization aux États-Unis, qui coopère avec Extinction Rebellion, utilise précisément cet éclairage pour parvenir à une vision globale des solutions à mettre en place, et a établi un plan de bataille, un « Victory Plan » comme pendant la guerre.
Mais historiquement, la mobilisation comme en temps de guerre a manqué de processus démocratique. Nous devons donc inventer des manières d’écrire et d’appliquer ces plans de manière démocratique. Ce travail est en cours au sein du mouvement Extinction Rébellion, notamment en proposant des “Assemblées citoyennes” (sous la forme des conventions de citoyen.nes : groupe de citoyen.nes tiré.es au sort comme les juré.es). Nous avons besoin rapidement de tester ces formats, de les adapter et de les déployer partout où cela est possible. Dans nos communes pour commencer ? Nous essayons d’encourager cela avec différents groupes. Tenir une réunion d’information sur les risques majeurs, déclarer l’état d’urgence et lancer une convention ensuite. Si vous voulez vous lancer et que vous ne savez pas par où commencer n’hésitez pas à regarder ce qui s’est déjà fait ailleurs ! Et puis si vous avez envie d’échanger sur le sujet, vous pouvez me contacter.

Où en sommes nous en France aujourd’hui et dans le monde ?

Après une année 2018 où les actions de désobéissances civiles ont réunis des milliers d’activistes, où des centaines de milliers de personnes ont défilé pour le climat, où de plus en plus de citoyen.nes ont commencé à développer leur résilience locale, la mobilisation continue de grandir mais elle doit encore passer un cap. 2019 sera peut-être ce cap. Une rébellion internationale est en train d’émerger. Après les blocages de Londres des deux dernières semaines d’avril par Extinction Rébellion le Royaume-Uni vient de déclarer “l’état d’urgence écologique et climatique”. L’Irlande a fait de même dans la foulée. Des communes un peu partout dans le monde s’y mettent aussi et ça n’est qu’un début. Car nous ne nous arrêterons pas avant qu’un changement radical ne s’opère.

Il s’agit de changer nos vies pour que d’autres puissent vivre après nous. Il s’agit d’arriver à se consacrer chaque jour un peu plus à être ce changement, à transférer son temps d’un système destructeur à un système qui restaure et réconcilie. C’est de notre temps dont il est question. Du temps qu’il nous reste et de ce que nous en faisons.

Face à cela, nous commençons à comprendre que ce n’est pas l’espoir qui nous sauve. C’est l’action. Et quand l’action commence l’espoir peut exister à nouveau.

I have a dream comme dirait Martin Luther King.

Je rêve d’un monde où nous nous battons pour préserver ce qui peut l’être, où nous nous battons ensemble pour notre avenir commun, où les communautés humaines s’entraident, où nous apprenons à être secouru et à tendre la main, où nous devenons la nature qui se défend, où nous nous rebellons contre l’extinction.

Lorsqu’un seul homme rêve ce n’est qu’un rêve. Mais si beaucoup d’hommes rêvent ensemble, c’est le début d’une nouvelle réalité.

F. Hundertwasser

Alors imaginez si nous passons du rêve à l’action partout où nous sommes.

En 2019 et pour toutes les années qui suivent :
J’entre en rébellion contre l’extinction !
Je me suis donc engagé bénévolement depuis plusieurs mois à plein temps dans le mouvement naissant Extinction Rébellion par amour pour la vie, pour la Terre et pour notre avenir commun.
Je serai papa d’ici quelques mois. Je me battrai pour conserver un avenir à mes enfants et à leurs enfants après eux.

Et vous ?

Au plaisir d’échanger, de se rencontrer et de se rebeller ensemble dans les temps à venir,
Avec amour et rage,
Anton.


Je vous parlerai dans les articles qui suivent :
– d’un appel pour des communes résilientes,
– d’un appel pour planifier nos descentes énergétiques et de ma propre tentative,
– des actions de désobéissance civile en cours et à venir,
– et d’autres choses encore.


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